Le métier de développeur tel qu’on l’a connu est en train de disparaître, mais paradoxalement et inexorablement le besoin logiciel explose. Outre toutes les annonces fracassantes force est de constater que le cœur du job de développeur se déplace vers l’architecture, l’expertise et la supervision d’IA… mais certainement pas vers le chômage, comme beaucoup se complaisent à affirmer.
Non, le code ne “meurt” pas … mais il change de mains !
Les IA de génération de code automatisent déjà une grande partie du “coding” brut, en particulier les tâches répétitives ou bien spécifiées. On observe en parallèle une baisse des opportunités pour les profils juniors cantonnés à l’implémentation de tickets, tandis que les attentes montent pour les profils capables de concevoir, vérifier et intégrer des systèmes pilotés par l’IA. En réalité, ce n’est pas le logiciel qui disparaît, c’est le développeur qui se contente de taper du code sans comprendre le système global qui devient progressivement obsolète.
Une nouvelle révolution industrielle
Petit retour dans les livres d’histoire, lors de la seconde révolution industrielle (fin XIXᵉ – début XXᵉ, c’est pas jeune mais l’histoire à une fâcheuse tendance à se répéter), les machines ont alors remplacé beaucoup d’ouvriers à la chaîne dans l’objectif d’accélérer la production de masse et moderniser la vie quotidienne. Tiens, ça ne vous rappelle rien ? Bien sur cette même crainte liée à l’emploi était aussi très présente mais finalement cette transition a créé un immense besoin d’ingénieurs, de techniciens de maintenance et de concepteurs de lignes de production.
Aujourd’hui, les “robots” sont logiciels : agents IA, assistants de code, plateformes low-code, et la question est la même que dans les usines d’hier, à savoir qui les conçoit, qui les supervise et qui les “répare” quand ils déraillent. Alors oui tout change, et les développeurs d’aujourd’hui vont devoir aussi s’adapter et ressembleront certainement plus à des architectes d’usine numérique qu’à des ouvriers de la chaîne de codage.
L’exemple d’Amazon
Un récent incident autour de l’agent de code Kiro Amazon a illustré parfaitement ce risque (https://www.pcmag.com/news/amazon-links-2-aws-outages-to-autonomous-kiro-ai-coding-agent), lorsqu’une mauvaise manipulation associée à cet assistant IA a conduit à une interruption de service après la suppression et la recréation d’un environnement de production. Officiellement, Amazon insiste sur le fait qu’il s’agissait d’une erreur humaine et de permissions mal configurées plus que d’une “faute” de l’IA, mais le fait marquant reste qu’un outil autonome disposait de la capacité de casser de la production pendant plusieurs heures.
Ce type d’événement ne prouve pas que l’IA est inutile, il montre surtout à quel point on a un besoin critique de personnes capables de définir les garde-fous, de comprendre les implications système, de prévoir les plans de rollback et de penser résilience et sécurité de bout en bout.
Alors quid du développeur de demain ?
Demain, la valeur d’un développeur sera donc à mon avis beaucoup moins dans sa capacité à écrire du code à la main que dans sa capacité à concevoir des architectures robustes, évolutives et observables où les IA sont des composants comme les autres. Il devra savoir spécifier clairement le comportement attendu, les contraintes et les invariants, afin que les outils d’IA produisent du code réellement aligné avec le système et le métier. Il prendra aussi en charge l’audit, les tests, la sécurité et la supervision des agents IA, en maîtrisant les permissions, les contrôles d’accès, les stratégies de rollback, le monitoring et les objectifs de fiabilité. Enfin, son rôle clé sera de porter l’expertise métier, de comprendre les enjeux business, d’arbitrer les compromis et de prendre les décisions que l’IA ne peut pas prendre seule.
Message pour les développeurs (et les recruteurs)
Si votre job actuel de développeur se résume à implémenter des tickets sans comprendre l’architecture, l’impact métier ou les risques, alors oui, ce métier là est en train clairement de disparaître. En revanche, si vous investissez dès maintenant dans l’architecture, la modélisation, la sécurité, la fiabilité, la gouvernance de l’IA et la compréhension profonde du métier, votre valeur va augmenter, pas baisser.
Comme à chaque révolution industrielle, ceux qui se forment pour concevoir, orchestrer et maintenir les nouvelles “machines” ne sont pas remplacés : ce sont eux qui définissent les règles du jeu.